Mardi 8 avril 2008
"Celui-là entre, il choisit le genre de portrait qu'il désire, demande à
régler immédiatement sa note, paie et : disparu ! On n'a pas eu le temps
de se retourner...
Grande agitation, on s'exclame : mais où est passé ce monsieur ? A la
seconde, il était là ! Courez vite : il n'a pas encore eu le temps
d'être au bas de l'escalier !...
On se précipite, on vole, on le rattrape, on le remonte :
- Mais, monsieur ? Et votre scéance ? Il vous faut poser !
- Ah ???... Comme vous voudrez. Mais je croyais que ça suffisait..."

Quand j'étais photographe, Nadar.

par p.c. publié dans : Histoires de photographie
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Dimanche 9 mars 2008
"Tel celui que j'aperçus un tantôt dans notre "hall" à l'heure où les épreuves sont soumises à la clientèle, sensiblement exacte à ce rendez-vous quotidien. Par les petits groupes tout absorbés sur leurs épreuves respectives, j'allais de l'un à l'autre, donnant ma consultation. A celui-ci arrivé :
- Et vous, monsieur, voulez-vous que je vienne vous aider à être sévère ? D'abord, comment vous trouvez-vous ?
- Mais pas mal, monsieur. Je suis content.
- Permettez-moi de voir... Je regarde les deux épreuves - je relève les yeux sur le modèle... C'était l'épreuve d'un autre qu'il tenait en main - et dont il était "satisfait"..."

"Eh bien, j'ai trouvé plus fort : une autre fois j'ai fait coup double !
[...]
Alors donc, deux messieurs, départementaux, sont venus poser de compagnie et ils reviennent de compagnie voir leurs épreuves. Selon le rite invariable, l'employé a remis à l'un les épreuves de l'autre, à l'autre les épreuves de l'un.*
Ils sont l'un et l'autre depuis un bon moment silencieusement braqués, chacun de son côté, sur ces images.
J'interviens :
- Eh bien, messieurs, êtes-vous satisfaits ? Avez-vous choisi ?
Tous deux à l'égal se disent content.
- ... Seulement, me fait observer l'un, tout timidement, il me semblait que... que je n'avais pas de moustaches ?...
Je regarde l'image, je regarde l'homme, je regarde son ami... Chacun des deux tenait le portrait de l'autre - et s'y reconnaissait !!!"

Quand j'étais photographe, Nadar.

*chez Nadar c'était une astuce pour que l'instant de la révélation de la photographie soit atténué : normalement, en inversant les portraits, chacun trouvait l'image de l'autre admirable de ressemblance et de qualité.

par p.c. publié dans : Histoires de photographie
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Vendredi 22 février 2008
Les premières images héliographiques, comme les appelait Niépce, nécessitaient des temps de pose extrêmement longs. Il avait obtenu des images (des reproductions de lithographies) dès 1816 mais elles se sont progressivement détériorées car il ne savait pas les fixer. Il ne reste aujourd'hui que peu d'images de Niépce. La plus célèbre, le "Point de vue de la fenêtre du Gras" (voir l'article : "une image pourtant si banale"), probablement prise durant l'été 1826 (d'après l'historien de la photographie Helmut Gernsheim), est considérée comme la première photographie de l'histoire. Le terme de "point de vue" désignait chez Niépce une image d'après nature et le Gras était le nom de sa propriété à Saint Loup de Varennes. L'image est une plaque en étain de 16,2 x 20,2 cm enduite de bitume de judée. On peut constater son éclairage particulier : la pose a en effet duré plusieurs heures (les experts estiment le temps de pose entre 10 et 18 heures) ce qui explique les ombres présentes des deux côtés, le soleil ayant éclairé successivement le côté droit puis le côté gauche.


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Reproduction de la photographie de Joseph Nicéphore Niépce, Point de vue de la fenêtre du Gras, Juin 2002, Harry Ransom Center et J. Paul Getty Museum

En 1827, Niépce veut présenter à la Royal Society de Londres quelques plaques métalliques gravées. Mais le procédé, insuffisamment documenté, n'intéresse pas l'illustre assemblée anglaise ! Niépce remit cette plaque au docteur Francis Bauer, botaniste intéressé par ses expériences d'héliogravure et lui-même membre de la Royal Society de Londres. La plaque fut vendue aux enchères à la mort du docteur Bauer en 1841 et changea plusieurs fois de mains (Dr Robert Brown puis J.J. Bennett). Elle fut ensuite vendue en 1884 au photographe Henry Baden Pritchard (éditeur des Photographic News) qui décéda deux semaines plus tard. Elle fut exposée à l'International Inventions Exhibition à Londres en 1885 et, toujours à Londres, à la Crystal Palace Photographic Exhibition en 1898 puis elle disparut. La veuve d'Henry Baden Pritchard pensait que l'image ne lui avait pas été rendue après l'exposition de 1898. Pendant plusieurs années la photographie fut considérée comme perdue. En 1952, sur les investigations de l'historien de la photographie Helmut Gernsheim qui recherchait cette première photographie, Mme Pritchard, veuve du fils d'Henry Baden Pritchard, redécouvrit l'image dans une malle qui appartenaient à sa belle-mère (décédée en 1917) parmi quelques notes écrites par Niépce. Helmut Gernsheim en fit alors l'acquisition.

Cette image d'exception était restée durant près de cinquante ans dans une malle (Allez fouiller les cartons qui traînent dans vos greniers, ne sait-on jamais ?). En 2002 elle a été analysée, avec des techniques non-invasives, à l’Institut de conservation Paul Getty, à Los Angeles, USA.



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Helmut Gernsheim au Ransom Center, 1978, Ed Malcik

Helmut Gernsheim ayant cédé cette précieuse image en 1964, cette photographie est aujourd'hui conservée dans un conteneur transparent, rempli d'hélium pour éviter les réactions chimiques, au musée du Harry Ransom Humanities Research Center, à l'université du Texas à Austin, USA, parmi d'autres pièces de la Collection Helmut Gernsheim.

Si Niépce, dans la solitude de ses premières recherches, avait un instant imaginé le nombre de photographies qui seraient réalisées dans le monde quelques 180 années plus tard ! Le comble, c'est que nous n'avons même pas son portrait photographique...

par p.c. publié dans : Histoires de photographie
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Dimanche 10 février 2008
... et pourtant, en faisant une recherche iconographique pour illustrer un article sur François Arago, j'ai été frappé par cette ressemblance. Jugez vous-même :

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Bernard-Henri Lévy - François Arago - Bernard-Henri Lévy

Mais qui était François Arago ?


On lui doit, entre autres, l'abolition de l'esclavage et la découverte de l'électro-aimantation.

Mais le 7 janvier 1839, devant l'Académie des sciences de Paris, François Arago (1786 - 1853), astronome, physicien et homme politique, présente officiellement et pour la première fois, mais sans en révéler le procédé, le daguerréotype (issu de l'invention de Nicéphore Niépce et des travaux de Louis Daguerre).

Le 3 juillet 1839, grâce à l'intervention de François Arago devant la Chambre, le procédé est versé au domaine public contre une pension annuelle accordée à Louis Daguerre et à Isidore Niépce, fils de Nicéphore (Isidore avait pris la suite de son pére décédé en 1833).

En raison de l'importance de la découverte, le 19 août 1839, devant l'Académie des sciences et celles des beaux-arts, le procédé est dévoilé pour en faire bénéficier le monde.

1839 devient ainsi l'année de naissance officielle de la photographie.

Niépce l'appelait héliographie, Daguerre la nommera daguerréotypie. On pourrait revenir sur le rôle discuté de Daguerre qui a amélioré mais aurait aussi tenté de s'approprier l'invention de Niépce en lui donnant son nom. Il avait fait disparaître des contrats et des brevets la mention du nom de Niépce. "Le daguerréotype, qui devrait légitimement s’appeler niepcétype..." commentait Nadar.

Il faut préciser que, quelques 180 années plus tard, le rôle de Daguerre est toujours l'objet de controverses assez vives. Contre l'opinion générale, un spécialiste du daguerréotype, Jacques Roquencourt, ingénieur retraité, s'efforce de réhabiliter Daguerre dans son rôle fondamental dans le développement de l'invention de Niépce. Selon lui l'usurpation serait plutôt celle de la famille Niépce. Il est bien possible que le rôle de Daguerre ait fini par être minimisé mais pour ma part je crois que la polémique se situe parfois en dehors du champ photographique et masque une querelle de chapelle voire une querelle politique (fichtre !). Fin de la parenthèse.


Longtemps accordée à John Herschel, scientifique britannique, c'est à Hercule Florence, peintre et inventeur franco-brésilien, que l'on devrait, en 1833, la paternité du terme de photographie. Il la définit ainsi en 1834 : "technique nouvelle de représentation du réel sensible et de reproduction d’images à l’aide de réactions chimiques à la lumière et de moyens optiques".

On est loin de la nouvelle philosophie... Ou peut-être que non ?

par p.c. publié dans : Histoires de photographie
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Samedi 26 janvier 2008
Véronique essuya avec un linge blanc le visage du Christ qui gravissait le Golgotha. La Sainte Face (à ne pas confondre avec le Saint Suaire de Turin) garda l’empreinte de son visage. Cette scène de la Passion du Christ, pour hypothétique qu'elle fût, a valu à Véronique, non canonisée et pourtant appelée sainte, de devenir la patronne des photographes (et des lingères). L’étymologie (discutée) du prénom Véronique pourrait provenir du latin "vera icona", l’image vraie. Le voile dit de Sainte Véronique est conservé à Saint-Pierre de Rome (la dernière ostension datant de 1854).

Le premier photographe était donc une photographe.
On peut toujours se consoler en remarquant que le premier sujet fût un homme.

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Maître de la Véronique, Sainte Véronique tenant le suaire (entre 1400 et 1420, Allemagne).

par p.c. publié dans : Histoires de photographie
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Mai 2008
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