Mardi 26 février 2008
"La Photographie est une découverte merveilleuse, une science qui occupe les intelligences les plus élevées, un art qui aiguise les esprits les plus sagaces - et dont l'application est à la portée du dernier des imbéciles.
[...]
La théorie photographique s'apprend en une heure ; les premières notions de pratique, en une journée."
Félix Tournachon dit Nadar, Mémoire pour la revendication de la propriété exclusive du pseudonyme Nadar, Mémoires du tribunal de Paris, 12 décembre 1857.

Je suis souvent frappé par la teneur technique des forums de photographie. Pourtant, toute image se réduit à un couple vitesse-diaphragme : toutes les aides électroniques de la terre, mise au point automatique avec asservissement du cadrage à double implémentation de la mesure matricielle globale (ça finira bien par exister :-) se termine par 1/60 à f 8 ou 1/125 à f5.6 ou quelque chose comme cela. Est-ce suffisant pour faire une image ? Nécessaire mais insuffisant.
Lorsque je regarde des images de Depardon ou de Witkin, ce n'est pas le couple vitesse-diaphragme qui me saute aux yeux. Pour radicaliser mon raisonnement, une photo est une réaction due à l'action de la lumière... au final une excitation d'électrons. Méconnaître la physique atomique n'est pas un frein à l'expression en photographie. Connaître la technique dont on a besoin est suffisant.

On connaît tous des images techniquement "légères" et imparfaites qui sont porteuses de quelque chose et des images techniquement réussies et parfaitement creuses. Cela comme preuve que c'est autre chose qui fait l'image. La question initiale reste ce que l'on y met avant comment l'on y met.
Quand peut-on juger qu'une image est techniquement réussie ? Quand la technique mise en œuvre concourt à l'émotion, au discours ? Alors la photographie inclut "l'échec technique" comme technique même : le grain, le flou, le décadré, le trop sombre, le trop contraste, etc. :

Bill Brandt : Trop contrasté.
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David Hamilton : Trop flou.
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Eugene Smith : Trop sombre.
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Franco Fontana : Trop coloré.
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Henri Cartier-Bresson : Pas assez coloré.
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Yusuf Karsh : Trop posé.
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Mais aussi :

Delatour : Trop sombre.
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Seurat : Trop de grain.
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Turner : Trop flou.
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Masson : Trop coloré.
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Monory : Pas assez coloré.
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Soulages : Trop noir.
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En photographie comme en peinture il n'y a pas d'objectivité technique. Affirmer le contraire, c'est la voie royale des académismes. La technique est au service du projet de l'auteur, il faut l'apprendre et l'oublier. Les choix techniques ne devraient être que les conséquences des choix esthétiques.

J'ai quelques souvenirs d'assistanat : des heures pour éclairer un fer à repasser, deux jours (avec peintre, menuisier, styliste, photographe, assistants, créatifs de l'agence de pub, comédien et maquilleuse) pour construire, décorer et éclairer une ambiance pour de la photographie de meubles. Sans compter le meilleur labo du coin pour développer les plans films réalisés avec la meilleure Sinar du moment. Le résultat est loin de parler d'émotion. Une journée entière pour construire un décor et une lumière pour éclairer... des poulets pour un catalogue. Photographier une fraiseuse est très technique. Me plonger dans des catalogues de photographies industrielles réveille rarement en moi de quelconques sentiments esthétiques. Raisonnement par l'absurde ? Oui. Qui démontre qu'une technique sans projet ne parle de rien d'autre que... de technique !

Une culture de l'image semble en revanche indispensable. Personne ne lit un horaire SNCF comme un poème de Desnos ou plonge dans du Zola comme dans son contrat d'assurance. On ne peut pas, on ne doit pas regarder une image d'Eugene Smith comme une photographie d'un dépliant du rayon charcuterie d'un supermarché ou une image de Koudelka comme une radiographie des poumons (J'espère à l'inverse que mon radiologue ne regarde pas les radiographies comme il regarde des images de Koudelka !). Tout le monde se pense "compétent" en matière artistique. Ce n'est probablement pas le cas. En la matière, rien n'est naturel et acquis d'emblée.

Pour conclure, dans son mémoire, Nadar précisait :
"Ce qui ne s'apprend pas, je vais vous le dire : c'est le sentiment de la lumière, c'est une application artistique des effets produits par les jours divers et combinés, c'est l'application de tels ou tels de ces effets selon la nature des physionomies qu'artiste vous avez à reproduire.
Ce qui s'apprend encore moins, c'est l'intelligence morale de votre sujet, c'est ce tact rapide qui vous met en communication avec le modèle, vous le fait juger et diriger vers ses habitudes, dans ses idées, selon son caractère, et vous permet de donner, non pas banalement et au hasard une indifférente reproduction plastique à la portée du dernier servant de laboratoire, mais la ressemblance la plus familière et la plus favorable, la ressemblance intime.
- C'est le côté psychologique de la photographie, le mot ne me semble pas trop ambitieux [...]."

par p.c. publié dans : De la photographie
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Samedi 9 février 2008
La rétine de l'oeil compte deux types de cellules photosensible : les cônes et les bâtonnets.

Les bâtonnets sont beaucoup plus sensibles à la lumière que les cônes. C’est pourquoi, quand il y a peu de lumière, seuls les bâtonnets participent à la vision (vision scotopique). A l’inverse en pleine lumière du jour se sont les cônes qui sont les plus actifs (vision photopique).
Mais il existe une autre différence entre les deux types de photorécepteurs. Les cônes sont sensibles aux  couleurs alors que les bâtonnets ne le sont qu’au noir et au blanc.

La vision noir et blanc n'est donc pas seulement une abstraction photographique, elle est l'expression d'une réalité anatomique.

Faire du noir et blanc c'est souvent le choix de montrer le monde comme on le ressent plutôt que de le montrer comme il apparaît. Le noir et blanc crée une distance avec le réel. C'est grâce à cette distance que le photographe s'exprime plus directement sur lui que sur ce qu'il montre, sur la partie cachée plutôt que sur la partie en pleine lumière. Comme l'écrivait Alain Bergala, “ce qui se dit d'important avec une photo n'est pas forcément dans l'importance de ce qu'elle montre" (Raymond Depardon, Correspondance new-yorkaise. Alain Bergala, Les absences du photographe, Libération/Editions de l'Etoile, 1981).


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par p.c. publié dans : De la photographie
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Jeudi 31 janvier 2008
La première photographie de Niépce est belle dans sa banalité. Parce qu'elle est banale cette image... On peut même supposer que cette banalité résume la problématique photographique. Elle n'en est pas moins authentiquement belle à mes yeux. Pourtant sa technique, vous me l’accorderez, laisse à désirer (les dégradés de gris ne sont pas franchement à la hauteur). Ou au contraire, cette photographie n'est peut-être que technique ? Elle n'est que la mise en application d'un procédé ? Mais c'est son histoire et celle de son auteur qui lui ont donné toute sa beauté. Il y a tant à voir dans cette banale image...

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Première photographie, Joseph Nicéphore Niépce, Saint Loup de Varennes, 1827.

par p.c. publié dans : De la photographie
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Mardi 29 janvier 2008
Il est prévisible qu'à terme le numérique remplacera l'argentique qui ne maintiendra qu'une niche pour spécialistes. Mais laisser entendre qu'un appareil numérique est meilleur qu'un appareil argentique est dénué de sens (et l'inverse également !). La supériorité technologique n'implique pas systématiquement une supériorité globale de l'outil. Il n'y a de bon outil que celui dont on a besoin et le progrès n'existe que dans l'usage que l'on fait des choses. Au XXIème siècle, on utilise encore les pigments à l'eau en peinture et la musique électronique n'a pas sonné la mort de la musique acoustique. Technologiquement parlant, le numérique est un progrès. Photographiquement, il appartiendra à chacun d'en faire la preuve. L'argentique n'est pas élitiste, le numérique n'est pas la panacée, ce sont des outils différents. Et c'est dans cette diversité des outils disponibles que réside le vrai progrès.
Car en effet la photographie est devenue l'égale de la peinture : Peinture à l'huile ou peinture à l'eau ?

par p.c. publié dans : De la photographie
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Lundi 28 janvier 2008
Bien avant le philosophe chinois Mo Ti (vers 472 - 391 avant J.-C.), bien avant Aristote (384 - 322 avant J.-C.) ou encore bien avant le mathématicien arabe Alhazen (965 - 1039), une théorie surprenante sur la découverte et les premières utilisations de la chambre noire, sources de la découverte de la photographie :
http://www.paleo-camera.com (site en anglais, seule la page d'introduction existe en français).

"Les climats rudes de l’ère Paléolithique forcèrent les hommes à trouver des méthodes, telles que l’utilisation de tentes en peau à l’entrée des grottes sous les surplombs, pour retenir la chaleur au sein des lieux d’habitation. De petits trous de fortune dans ces toiles de tente produisirent des caméras obscures naturelles, projetant des images mobiles à l’intérieur. Ces images fantômes ne comportaient pas seulement un aspect esthétique mais peut-être aussi spirituel et philosophique."

Théorie fantaisiste ou approche révolutionnaire ? Il est pourtant bien possible que l'homme du paléolithique supérieur (- 35 000 ans à - 10 000 ans) ait observé le phénomène de la chambre noire (camera obscura en latin).


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Deuxième cheval chinois, Lascaux (-18 000 à -15 000 ans)

par p.c. publié dans : De la photographie
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