Tel objectif qui pique moins sur les bords à 5.6, telle cellule qui mesure au 1/16 de diaphragme... Je suis parfois perplexe devant les préoccupations qui taraudent certains
débutants. Je ne renie pas l'intérêt pour le matériel, je m'inquiète d'une tendance bien alimentée par le marketing et la publicité.
Les images de Curtis,
Strand,
Lange,
Hine...
Quelle technique ? Quel piqué ? Quelle cellule ? Combien de paires de ligne par millimètre ? Et pourtant, quelle qualité ! Quelle émotion ! Certaines plaques autochromes sont des chefs-d’œuvre.
Votre matériel est-il moins performant ? Votre cellule ? Votre bracket automatique ? Votre mesure multizone ? Votre flash TTL ? Il est louable d'améliorer le rapport signal/bruit : à cet égard, le
dernier album de Michael Youn est un chef-d’œuvre en comparaison des premiers albums de Miles Davis ou de Sarah Vaughan. La comparaison s'arrête là. La technique au service de l'expression, pas
comme fin en soi.
Il est utile et même indispensable de se préoccuper du matériel. Les débutants sont logiquement amenés à se poser de nombreuses questions. Mais l'excès tue. Beaucoup de réponses proviennent de la
pratique. Oui, vos Olympus, Canon, Nikon, Minolta, sont suffisants pour faire de bonnes images. Un Holga aussi. Un sténopé. Un jetable pendant qu'on y est !
Vous avez le droit d’aimer le beau matériel mais il n’est pas indispensable. Est-ce que ceux qui achètent des Rollex le font vraiment parce qu'elles donnent mieux l'heure qu'une montre à 10
balles... ?
Mon professeur de photographie aurait donné des frissons à beaucoup : un vieux Pentax dans un sac en skaï (pas le dernier Domke à 200 euros), les objectifs en vrac, sans bouchons, sans filtres de
protection, le cauchemar quoi. Quand on préparait les bains photos, quelques poudres sur un papier coloré, il faisait une lumière : une exposition ! Quand on déroulait et découpait des fonds, une
petite préparation, un aménagement, quelques clichés : encore une exposition. Un œil en alerte ! Dès que l'on touchait quelque chose, que l'on discutait, qu'on lui présentait quelqu'un, qu'on
allait quelque part, l'œil pensait. Des réussites, quelquefois. Du talent, certainement. De la technique, un peu. Des préoccupations techniques, très peu.
Vous êtes des passionnés de photographie ? De technique ? De matériel ? N'oubliez pas pourquoi vous en êtes venu à la photographie. Pas pour claquer vos économies. Pour faire des images, de bonnes
images, qui se contentent de quelques paires de lignes en moins au millimètre. Comme disait la publicité : si vous voyez la différence, payez la différence. Alors un léger réchauffement à 300 mm,
un petit vignettage sur le 24mm ou une distorsion en barillet à peine perceptible sur le zoom ne doivent pas vous priver du plaisir de faire des images.
Entièrement d'accord avec le fond de ton article (la forme aussi d'ailleurs). Je trouve que ces préoccupations techniques prennent trop le pas aujourd'hui sur l'image. Je repense à la première photo de l'histoire que tu as mise dans un article. Elle est finalement très belle et même si aujourd'hui, le moindre appareil sera des dizaines de milliers de fois plus performant que les moyens dont Niepce disposait, rien ne dit qu'il aurait fait une plus belle image.
Belle peut-être aussi par ses propres insuffisances...Parce que la perfection technique ou trop s'en approcher n'est pas synonyme ou garantie de beauté...
Je possède actuellement un Canon EOS 400 D et j'étais sidéré il y a quelques jours de m'entendre dire par un vendeur de la fnac, que ça restait un produit très "amateur".
Pourtant il y a 10 ans de cela, même les professionnels n'auraient pas imaginer un tel appareil !
Je reste donc très dubitatif sur cette course à la technique qui est aussi du à un effet de mode et à des concepts marketing bien huilés, dont le but est de faire croire aux gens "plus cher coûtera votre appareil et plus belles seront vos images".
commentaire n° : 1
posté par :
Robert Loi
(site web)
le: 10/03/2008 17:21:03
Je crois que la perfection technique c'est la réalité : sans technique, pas de création. La création artistique, c'est justement de composer avec une technique et ses limites. Appuyé par la publicité, on essaie de convaincre le consommateur qu'il faut changer d'appareil tous les 3 ans. J'ai photographié avec mon premier appareil reflex pendant près de 25 ans...
réponse de : p.c. (site web)
le: 10/03/2008 19:49:48
J’utilise un Olympus E-300 et E-510, pourquoi dépenser plus ? L’APN haut gamme ne fait pas de belles photos tout seul, je partage vos raisonnements !
commentaire n° : 2
posté par :
Manu
(site web)
le: 12/03/2008 21:33:06
Je suis heureuse de lire ces lignes, je croyais être la seule à penser cela.
Nous sommes nombreux à voir la différence, encore faut-il que celle-ci justifie l’écart de prix et pour quel but.
Excusez-moi d’avoir dérangé.
commentaire n° : 4
posté par :
Manu
(site web)
le: 15/03/2008 12:53:27
Nous sommes nombreux à voir la différence, encore faut-il que celle-ci justifie l’écart de prix et pour quel but.
Excusez-moi d’avoir dérangé.
commentaire n° : 5
posté par :
Manu
(site web)
le: 15/03/2008 12:57:01
Oui tout à fait vrai! les plus belles musiques n'ont parfois que quelques accords et pourtant elles touchent le coeur de l'auditeur. je dirais que c'est de même pour la photographie, pas besoin de connaitre chaque spécificité de l'appareil, ni même un appareil dernier cri pour rendre une émotion.
Un article qui donne à penser, à réfléchir.
Au final la photo c'est sans doute un petit peu de technique mais c'est aussi surtout une sensibilité et un "autre" à photographier. C'est autre, qu'il soit paysage, animal, humain, objet, etc, aura toujours quelque chose à laisser passer.
Au photographe de saisir l'instant.
Ca fait plaisir de lire ça.
Une photo c'est bien sûr un appareil photo. Mais c'est avant tout, un instant, un lieu, une lumière, un oiseau qui s'envole, un couple qui s'embrasse. Une photo c'est avant tout un instant que l'on a eu la chance de voir et le temps de saisir. Une photo n'est pas un nombre de pixels et une longueur focale, c'est un moment de vie. Et peu importe l'appareil qui a été utilisé, l'important c'est que l'on ressente cette vie dans l'image finie.
Belle peut-être aussi par ses propres insuffisances...Parce que la perfection technique ou trop s'en approcher n'est pas synonyme ou garantie de beauté...
Je possède actuellement un Canon EOS 400 D et j'étais sidéré il y a quelques jours de m'entendre dire par un vendeur de la fnac, que ça restait un produit très "amateur".
Pourtant il y a 10 ans de cela, même les professionnels n'auraient pas imaginer un tel appareil !
Je reste donc très dubitatif sur cette course à la technique qui est aussi du à un effet de mode et à des concepts marketing bien huilés, dont le but est de faire croire aux gens "plus cher coûtera votre appareil et plus belles seront vos images".
Appuyé par la publicité, on essaie de convaincre le consommateur qu'il faut changer d'appareil tous les 3 ans. J'ai photographié avec mon premier appareil reflex pendant près de 25 ans...