Samedi 31 mai 2008
Gaspard-Félix Tournachon (06 avril 1820, Paris - 21 mars 1910, Paris ) dit Nadar (pseudonyme qui provient de Tournadar comme l'appelaient parfois ses amis), journaliste, écrivain, caricaturiste, photographe, aérostier, était un homme hors du commun, un personnage pittoresque et attachant qui mérite plus d'un article dans ce blog.



Baudelaire, ami intime du photographe, écrivait à son propos : "Nadar, c'est la plus étonnante expression de vitalité. Adrien me disait que son frère Félix avait tous les viscères en double. J'ai été jaloux de lui à le voir si bien réussir dans tout ce qui n'est pas l'abstrait." (Baudelaire, Mon coeur mis à nu : journal intime, 1887)
La condition de photographe de Nadar, si elle est connue de tous, ne doit pas masquer cette partie importante de sa vie qu'il consacra à l'aérostation et à "la navigation aérienne au moyen du plus lourd que l’air". Nadar n'a inventé ni la photographie ni l'aérostation mais il aura laissé son empreinte dans ces deux domaines. Il a d'ailleurs été l'auteur de la première photographie aérienne de l'histoire en 1858. Dans son livre Mémoires du Géant il fait le récit de l'élaboration et des premiers vols d'un aérostat géant de 45 mètres de haut et d'un volume de 6000 m3 de gaz [pour télécharger le livre en pdf : Mémoires du Géant (9,7 Mo)].



L'écriture est à l'image du personnage. On y trouve, entre autres, un portrait plein d'humour et d'humanité de son excentrique ami Eugène Delessert ("le Delessert terrible de la tribu Delessert"). Nadar s'y livre également à l'exercice de l'autoportrait écrit "après avoir écouté aux plus mauvaises portes". Je ne peux pas résister au plaisir de vous livrer cet autoportrait :



- Un ancien faiseur de caricatures, dessinateur sans le savoir, assez impertinent, pêcheur à la ligne dans les petits journaux, médiocre auteur de quelques romans dédaignés de lui tout le premier et réfugié finalement dans le Botany-Bay de la photographie.

Comme unique bagage d'érudit, parrain, de par le catalogue de l'entomologiste Chevrollat , d'un
Bupreste et d'une variété Copris (environ de Paris). Intelligence superficielle, ayant effleuré beaucoup trop de choses pour avoir eu le temps d'en approfondir une. N'ayant commencé l'étude de la médecine que pour lui tourner le dos aussitôt, et n’en sachant pas plus d’ailleurs, en fait de physique et de chimie, que ce qu'il a oublié de ce qu'il n'avait guère appris étant au collège, où il passait son temps, on se le rappelle encore, à crosser du pied les bordures en buis taillé du Jardin des racines grecques. Un de ces hommes dénués de respect, qui appellent les savants « des bêtes à X, » comme d'autres disent des vers à soie ; - se compromettant, comme à plaisir, à affecter une ignorance plus grande encore que la sienne réelle, et à se faire attribuer la paternité de formules dans 1e genre de celle-ci : - « La Chimie, c'est ce qui pue ! »

Voilà pour l'autorité scientifique.

Comme caractère général ou caractères généraux, la plus solide et la mieux établie des réputations de cerveau brûlé sur le territoire parisien et extra-muros. Un vrai casse-cou, toujours en quête des courants à remonter, bravant l'opinion, inconciliable avec tout esprit d'ordre, se vantant d'avoir ses quarante ans bien sonnés, quand tout le monde sait bien qu'il n'en compte que douze ou treize au plus ; - touche à tout, riant à gauche, pinçant à droite, mal élevé jusqu'à appeler les choses par leur nom et les gens aussi, et n'ayant jamais raté l’occasion de parler de cordes dans la maison de gens pendus ou à pendre. Sans mesure ni retenue, exagéré en tout, impatient à la discussion, violent en paroles, obstiné plutôt que persévérant, enthousiaste à propos de rien, sceptique à propos de tout, épouseur en défi de toutes les querelles, ramasseur de gens à terre, bougeant toujours et dès lors marchant sur les pieds de tout le monde, ce que les gens qui ont des cors ne pardonnent pas. - Imprudent jusqu'à la témérité et téméraire jusqu'à la folie, ayant passa sa vie à se jeter par la fenêtre de tous les sixièmes étages pour retomber sur ses pieds, à fournir de légendes la badauderie universelle, et poursuivi comme malgré lui par un acharnement d’heureuse chance à faire grincer des dents aux plus bénins, puisqu'il n'a jamais pu réussir à se noyer tout à fait. - Personnalité bruyante, absorbante, gênante, agaçante, forçant la curiosité, qui s'en irrite, - et dès lors couchée en joue de derrière chaque angle de carrefour ; rebelle né vis-à-vis de tout joug, impatient de toutes convenances, alerte comme lièvre devant la porte de toutes les maisons où on ne met pas ses pieds sur la cheminée, n'ayant jamais su répondre à une lettre que deux ans après, et - afin que rien ne lui manque, pas même un dernier défaut physique, pour combler la mesure de toutes ces vertus attractives et lui rassembler quelques bons amis de plus _ poussant la myopie jusqu'à la cécité, et conséquemment frappé du plus impertinent manque de mémoire devant tout visage qu'il n'a pas vu plus de vingt-cinq fois à quinze centimètres de son nez.
Mais que dire de plus - car je n'en finirais pas ! - d'un garçon tellement dépourvu de cervelle qu'il n'eut jamais mais le premier bon sens pratique - ô monsieur Prud'homme ! - de se prendre un seul instant de sa vie au sérieux et de commencer par se croire quelqu'un pour le persuader aux autres !
Tireur de pétards, casse-carreaux, chien de jeu de quille, prototype de terreur pour les beaux-pères : - voilà l'homme qui avait l'insolence de se poser face avec la question de l'Automotion Aérienne, - à peu près comme ferait un chien devant un Evêque !

Mais de toutes ces incongruités, qu'il nous soit permis de forcer l'attention du lecteur sur la plus monstrueuse en notre pays de France : l'impatience de l'ennui.

par p.c. publié dans : Histoires de photographie
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Jeudi 22 mai 2008
Marcos Vilariño revisite l'histoire de la photographie en reprenant quelques-unes des plus fameuses images qui ont jalonné cette histoire depuis son origine. Depuis longtemps on fait des reprises musicales, des reprises cinématographiques et parfois des reprises littéraires. Marcos Vilariño franchit avec une certaine réussite et un peu d'humour, la porte des reprises photographiques. Car il reconstitue, à l'aide de quelques Lego, et c'est là l'originalité de sa démarche, ces images qui appartiennent maintenant à nos inconscients collectifs et qui composent l'album souvenir de l'humanité.

Le Point de vue de la fenêtre du Gras de Nicéphore Niépce (1826), considérée comme la première photographie (voir :
Quelques précisions sur la première photographie) :



La version de Marcos Vilariño :



La fameuse (et controversée) photographie de Robert Capa Mort d'un soldat républicain (1936) :



La version de Marcos Vilariño :



Mais peut-être qu'avec sa popularisation massive, avec l'émergence des photophones, la facilité de la retouche et de l'impression à domicile, la photographie est à un point de son histoire où elle est aussi devenue un jeu. En tout cas, vous aurez dorénavant une raison valable de piquer les Lego de vos enfants.

Pour en savoir plus, la page consacrée à Marcos Vilariño sur le site de la galerie qui le représente (site en galicien et en anglais) :
-
http://www.cefvigo.com/ingles/galeria_vilari%F1o.htm

par p.c. publié dans : Histoires de photographie
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Jeudi 22 mai 2008

Edward Curtis vers 1889

Edward Sheriff Curtis (Whitewater, 1868 - Los Angeles, 1952)
est un grand photographe américain qui entreprit, au début du XXe siècle, de réaliser l'inventaire photographique des indiens.
Edward Curtis réalisa près de 50 000 prises de vue et publia une somme de vingt volumes intitulée « The North American Indian » comprenant 2 500 photographies et 4 000 pages de textes. Parmi les milliers d'images réalisées, j'ai retenu cette série d'une jeune indienne Qahatika.







On ne sait pas ce qu'est devenue cette jeune fille au regard si intense. En revanche ces images m'ont immédiatement évoqué cette emblématique photographie d'une jeune afghane Pachtoune réfugiée au Pakistan photographiée par un autre grand photographe américain, Steve McCurry (né en 1950 à Philadelphie, États-Unis).



Cette photographie, publiée en couverture de National Geographic en juin 1985, est devenue l'emblème de Steve McCurry et du magazine.
Beaucoup connaissent l'histoire de cette jeune fille, le photographe l'a retrouvé 17 ans plus tard :



Sharbat Gula, c'est son nom, porte ajourd'hui la burqa. Selon Libération elle pense que c'est "un merveilleux aspect de sa vie" et que "les talibans avaient apporté une sorte de paix dans un pays sans loi".



par p.c. publié dans : Histoires de photographie
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Lundi 19 mai 2008
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Le noyé, Hippolyte Bayard, 1840

"Le cadavre du monsieur que vous voyez derrière est celui de M. Bayard, inventeur du procédé dont vous venez ou dont vous allez voir les merveilleux résultats : à ma connaissance, il y a (à) peu près trois ans que cet ingénieux et infatigable chercheur s'occupait de perfectionner son invention. L'Académie, le Roi, et tous ceux qui ont vu ces dessins qu'il trouvait imparfaits, les ont admirés comme vous les admirez en ce moment. Cela lui a fait beaucoup d'honneur et ne lui a pas valu un liard. Le gouvernement, qui a beaucoup trop donné à M. Daguerre, a dit ne pouvoir rien faire pour M. Bayard et le malheureux s'est noyé. O instabilité des choses humaines ! Les artistes, les savants, les journaux se sont occupés de lui pendant longtemps et aujourd'hui qu'il y a plusieurs jours qu'il est exposé à la morgue, personne ne l'a encore reconnu ni réclamé ; messieurs et dames, passons à d'autres, de crainte que votre odorat ne soit affecté, car la figure du monsieur et ses mains commencent à pourrir comme vous pouvez le remarquer*."

Hippolyte Bayard, 18 octobre 1840 (texte manuscrit au dos de l'une des trois épreuves d'Hippolyte Bayard en noyé).

*Le papier photographique était peu sensible au rouge (orthochromatisme). Par conséquent cette couleur était rendue par un gris assez prononcé. C’est pour cette raison que le visage et les mains, plus bronzés, apparaissaient si foncés, renforçant l'aspect cadavérique.



Hippolyte Bayard [Breteuil sur Noye (!), 20 janvier 1801 - Nemours, 14 mai 1887], homme modeste et méconnu, "le pionnier oublié" comme le nommait l'historien de la photographie Beaumont Newhall, est considéré comme l'un des inventeurs de la photographie aux côtés de Nicéphore Niépce, de Louis Daguerre et de l'anglais Fox Talbot. Issu d’une famille picarde, il exerce la fonction de clerc de notaire puis il gagne Paris où il devient fonctionnaire du ministère des finances. Il fréquente le milieu artistique et pratique la peinture et le dessin.

On prête à une fantaisie très en vogue au XIXe siècle et que son père pratiquait, son goût pour les procédés de reproduction photogénique. Son père marquait les fruits de son jardin pour les offrir. Il découpait un pochoir de papier et le fixait sur les fruits au printemps. Quand le fruit était mûr, le dessin apparaissait en clair sur le fruit coloré.

Hippolyte Bayard invente un procédé photographique de négatif sur papier.
Le 7 janvier 1839, Daguerre, prenant la suite des travaux de Nicéphore Niépce, révèle l'existence de son procédé de positif direct sur plaque de métal (à tirage unique), le futur daguerréotype.
Le 25 janvier 1839, Fox Talbot présente son procédé négatif-positif (qui, breveté en 1841, deviendra le calotype) à la "Royal Institution of Great Britain" et le 31 janvier à la "Royal society". Fox Talbot souligne : "Si l'image ainsi obtenue est assez bien fixée pour subir l'action du soleil, on pourra ensuite l'utiliser comme objet à copier". C'est l'ancêtre de la photographie argentique moderne.
Le 5 février 1839, Hippolyte Bayard présente ses premières épreuves (au physicien César Desprets).
Quelques mois plus tard, Hippolyte Bayard réussit à améliorer son invention (en réduisant le temps de pose à un quart d'heure). En mars 1839, il met au point un nouveau procédé lui permettant d'obtenir des positifs directs sur papier (l'ancêtre du Polaroid). Quelques semaines avant la communication officielle de l'invention du daguerréotype du 19 août 1839, Hippolyte Bayard a une maîtrise suffisante de son procédé. Mais François Arago (
voir Non, François Arago n'était pas un nouveau philosophe...), n'était pas convaincu par son procédé et acheta, au nom de l'état français, l'invention de Daguerre. Bayard n'a obtenu qu'une dotation de 600 francs pour s'équiper en matériel photographique (contre une pension annuelle de 6000 francs à Daguerre et de 4000 francs à Isidore Niépce, le fils de Nicéphore, qui avait succédé à son père).
En février 1840, Hippolyte Bayard révèle les détails du positif direct à l'Académie des Sciences. Mais le daguerréotype est en plein essor et le procédé de Bayard restera ignoré. L'amitié d'Arago pour Daguerre aura sans nul doute fait de l'ombre aux découvertes du modeste Hippolyte Bayard.

Hippolyte Bayard a également organisé la première exposition de photographies de l'histoire, le 24 juin 1839, en présentant une trentaine de vues lors d'une opération de bienfaisance au profit des victimes d'un tremblement de terre en Martinique.

Autant qu'un inventeur et un artiste, Hippolyte Bayard fut un précurseur : en voulant montrer son dépit d'avoir été négligé par Arago au bénéfice de Daguerre, Hippolyte Bayard prouvait avec talent que la photographie était autre chose que la seule vérité. Par cette photographie, il venait aussi d'inventer la fiction photographique !

Quelques années après sa mort sa ville natale de Breteuil sur Noye décida d'ériger un monument en l'honneur de son brillant concitoyen. L'inauguration, prévue le 2 août 1914, fut ajournée : la première Guerre Mondiale commençait. Le buste ne sera mis en place que quelques années plus tard, en 1922. Décidément...


par p.c. publié dans : Histoires de photographie
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Dimanche 11 mai 2008


par p.c. publié dans : Images du jour
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